Gran Tjè, Gran Lespri

En Martinique, comme ailleurs, la politique électoraliste fatigue, déçoit, agace ou dégoûte la population. La croissance des taux d’abstention aux élections (74% en Martinique lors des élections législatives de Martinique de juin 2017), la baisse continue des niveaux de confiance accordée aux acteurs politiques, les commentaires de la sphère médiatique, le pessimisme de certains universitaires, les conversations tenues dans les cercles familiaux ou amicaux montrent une désaffection croissante des citoyennes et des citoyens pour la chose politique.

Pour moi et, sans doute, comme pour beaucoup d’autres citoyens, l’action politique consiste à œuvrer pour le bien commun, pour l’intérêt général.

Ma conviction est qu’il s’agit d’une œuvre à faire grandir en équipe : chaque citoyen ayant la possibilité d’apporter sa contribution à la conception, à la mise en œuvre et à l’évaluation des réalisations de l’équipe.

Il est regrettable qu’en dépit de très nombreux discours plaçant la femme et l’homme au centre des projets politiques, peu d’initiatives politiques ont, concrètement, investi le champ de l’activation et de la sollicitation du potentiel de création et d’action des citoyens martiniquais afin de constituer une équipe performante.

Il semble logique qu’un travail d’équipe optimal nécessite une performance individuelle elle-même optimale, et, qu’à ce titre, la révélation et la sollicitation du potentiel d’action et de création des citoyens devrait constituer une priorité de l’action politique.

A fortiori dans un contexte de désertion du citoyen du champ politique.

Je suis convaincu que les hommes et les femmes politiques, en Martinique comme ailleurs, ne sont pas des magiciens et que le véritable changement viendra d’abord des citoyens ordinaires.

Je crois que si nous, citoyens ordinaires, nous changeons, nos élus changeront.

Ce changement est un voyage vers le pays du Gran Tjè, Gran Lèspri. Même s’il est long et inconfortable, ce changement est, je le crois, à notre portée.

De quel changement s’agit-il ?

De la marche vers l’autonomie émotionnelle et intellectuelle des citoyens ordinaires. En d’autres termes, l’activation de notre potentiel de création et d’action, l’accueil et la transformation de nos émotions ainsi que la mise en partage de toutes nos intelligences, de toutes nos énergies et de toutes nos capacités d’invention pour dessiner collectivement un futur motivant et œuvrer ensemble à sa réalisation.

Grand Tjè, Gran Lespri (Cœur et Esprit ouverts) est une proposition de démarche de construction collective qui s’appuie sur 7 piliers

1 – Pratiquer la lucidité : de constater, par exemple,

Que le racisme qui existe en Martinique doit être, identifié, nommé, reconnu, combattu et condamné,

Que la répartition des revenus et des patrimoines en Martinique est profondément inégalitaire et que ces inégalités doivent être corrigées,

Que les hommes et les femmes politiques ne peuvent pas changer la Martinique sans la contribution des citoyens à la conception, à la mise en œuvre et à l’évaluation des décisions politiques.

Que le cumul des mandats réduit la performance et l’efficacité des élus,

Que la place des femmes dans la vie politique et professionnelle n’est pas à la hauteur de la contribution qu’elles apportent à la Martinique, … La liste serait encore bien longue.

Je suis convaincu que la vérité, la lucidité et l’honnêteté intellectuelle sont des éléments majeurs de la vie sociale, des éléments de simplification et de bonification du vivre ensemble.

2 – Retrouver et exercer notre capacité de choix 

Mettre en œuvre notre responsabilité individuelle. Nous pourrions imaginer que l’action politique ait pour objectif prioritaire que tous les citoyens martiniquais soient en capacité de choisir leur vie et l’avenir qui les motive.

3 – Privilégier la simplicité et l’humilité

 Les solutions les plus pertinentes sont souvent les plus simples. Le plus simple est souvent le mieux. Dans nos organisations et nos institution le temps est peut-être venu de transformer les Pères en pairs en abandonnant, pour les dirigeants, l’illusion de la toute-puissance et de la suffisance au profit d’une relation de parité et de co-responsabilité avec leurs collaborateurs.

4 – Accueillir son potentiel de création et d’action

Les femmes et les hommes de Martinique n’ont pas de limites à l’activation et à l’approfondissement de leur potentiel de création et d’action. L’expérience des succès de nos artistes, de nos sportifs, de nos compatriotes fonctionnaires ou entrepreneurs en Martinique ou à l’international nous confirment que nous pouvons nous affranchir de croyances limitantes sans nous abandonner à l’illusion de la toute-puissance.

5 – L’interdépendance 

Si le chemin de l’Homme commence par un travail sur soi, cette prise de conscience n’est pas la finalité. Car c’est l’autre, le Tu qui est la condition de réalisation de mon humanité. C’est le Tu qui m’ouvre à ce qui me dépasse infiniment et me permet de ne pas rester enfermé dans mon petit ego contracté errant sur la surface des choses. Nous sommes aussi tous liés entre nous en Martinique, dans la Caraïbe et sur notre Terre-patrie. Nous sommes également en interactions permanente avec le vivant, avec la nature à laquelle nous appartenons. Cette prise de conscience de l’interdépendance est le premier pas vers le respect, la gratitude et la joie.

6 – L’estime de soi 

De nombreux comportements dérivent de l’estime de soi, c’est un centre d’où émergent toute la créativité et l’envie de contribuer.

Un des objectifs majeurs pour tout responsable politique devrait être de mettre à la disposition de tous les citoyens les moyens de mesurer et d’accroître leur estime de soi.

7 – Des Méthodes et des outils

Permettre au citoyen d’activer et d’enrichir son potentiel de création et d’action, l’inciter à s’engager dans la conduite des affaires publiques, soutenir et favoriser les initiatives citoyennes, construire une vision partagée avec le plus grand nombre s’appuient sur une perception positive et optimiste de l’être humain. Pour traduire cette philosophie en actes il est indispensable d’être outillé. Conditionnés par une histoire et un système d’éducation qui font la part belle à la domination, à la rivalité et à la compétition, nous devons nous équiper pour (ré)apprendre et (re)pratiquer le partage, l’écoute, la considération et la coopération. Nous devons équiper les acteurs de la démocratie d’outils de développement de savoir-être, de savoir-faire et de savoir-dire.

Voilà mon « système d’exploitation » qui alimente ma perception de la réalité. Il est le fruit de rencontres, d’échanges, de réflexions, d’expériences individuelles et collectives, de débats avec mes semblables dans les associations et collectifs qui m’accueillent, au cours de conférences publiques, lors de mes interventions professionnelles et lors des discussions familiales et amicales.

 

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